Coming-in : l'entrée au placard

Par Noah Gottlob, publié le 22 octobre 2020

Les références bibliographiques sont indiquées par le numéro entre parenthèses qui se réfère à la bibliographie en fin d’article.

Le concept du coming-out est désormais relativement bien ancré dans les mentalités. Faire son coming-out revient à procéder à l’annonce (publique ou familiale) de son orientation sexuelle et/ou de son identité de genre qui diffère(nt) de la norme hétérosexuelle et cisgenre (*). 

À mon sens, il est possible de comprendre l’annonce du coming-out comme l’action de s’extraire (volontairement ou non) des attentes normales de la société et de son milieu socio-culturel propre.

 

Cette extraction face à la norme concerne principalement les personnes LGBTQIA+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, Transgenres, Queers, Intersexes, Agenres, Asexuel.le.s, etc.) ainsi que les personnes qui exercent certaines activités telles que le travail du sexe ou la prostitution. Dans certains parcours de vie, les coming-outs sont donc parfois multiples.

 

Coming-out vient de l’expression coming-out of the closet (sortir du placard). Cette expérience est une étape importante dans le cheminement identitaire (3). Ce passage de l’intimité à l’extimité est souvent, pour les personnes qui sont amenées à le faire, une source de stress, d’appréhension et d’émotions et de vécus spécifiques (1) (2). Dans les prochains articles je reviendrai sur les spécificités du coming-out. Je me concentrerai ici sur un nouveau concept apparu récemment dans la littérature : celui du coming-in.

 

Le coming-in est un mouvement qui précède le coming-out. Il représente le fait de rentrer dans le placard avant d’en sortir. Cette entrée dans le placard va conditionner sa sortie.

Pour l’individu, cela commence dès la reconnaissance de son orientation sexuelle ou identité de genre qui diffère de la norme hétérosexuelle cisgenre (3).

Cette prise de conscience est un moment bien précis, dont les personnes se souviennent en général très bien (4). Il s’agit de l’origine d’un cheminement que Samuel Champagne (3) nomme  la “chronologie de la reconnaissance”.

 

Pour Vivienne Cass (5), six stades composent la construction identitaire d’un individu LGB (Lesbienne, Gay, Bisexuel.le) (j'y reviendrai dans les prochains articles et tâcherai d’étudier la façon dont ces six stades peuvent également se comprendre sous l’angle des transidentités) :

  1. Confusion

  2. Comparaison

  3. Tolérance

  4. Acceptation

  5. Fierté

  6. Synthèse

Ces six stades contiennent les étapes du coming-in et du coming-out.

 

Samuel Champagne (3) étudie la représentation du coming-in dans la littérature à thématique homosexuelle destinée aux adolescent·e·s. Selon lui, le coming-in est à comprendre comme un processus en deux temps : réalisation et acceptation. Il met en exergue le fait que la façon dont les personnages prennent conscience de leur différence et en viennent à l’accepter (parfois pas complètement) avant de sortir du placard. Les temporalités de la réalisation et de l’acceptation peuvent être parallèles ou croisées.

 

Ainsi, le coming-in revient à réaliser (dans un temps) et à accepter (totalement ou partiellement) (dans un autre temps) que l’on s’écarte des présomptions normatives. Ces présomptions supposent l’hétérosexualité (3) et l’identité de genre cisgenre chez l’ensemble des individus, jusqu’à preuve du contraire. Il s’agit de présupposer de façon implicite que chacun·e appartient à la norme. Il faut y voir un aspect individuel (se présupposer soi-même comme appartenant à la norme) et social (présupposer l’autre comme appartenant à la norme). Le coming-in contredit la présupposition individuelle ; le coming-out contredit la présupposition sociale (3).

 

Un élément qui me semble important à souligner est le fait que c'est la rigidité d’un système qui exclut les minorités qui amène les potentielles difficultés en lien avec le coming-in (puis, éventuellement, avec le coming-out) et toutes les conséquences que cela peut avoir au niveau psychique. Tout le processus revient en effet à réaliser puis à accepter son caractère “hors-norme”. Le placard devient ainsi, un lieu sécurisant mais aussi contraignant. L’individu y perd des privilèges d’appartenance à la norme majoritaire. Il s’agit d’un point de rupture, l’individu “comprend que certains éléments qui régissaient précédemment son identité (les attentes comportementales, les possibilités légales, etc.) ont été remplacés par de nouveaux, souvent encore inconnus" (3) (5).

 

En outre, la prise de conscience qu’il va falloir révéler cet aspect de soi peut engendrer une autocensure chez la personne concernée. Cela peut se comprendre comme un moyen d’étouffer ses désirs ou son identité ressentie (3) (4).

 

Entre coming-in et coming-out c’est une histoire de temporalité. La temporalité des processus qui mèneront à la découverte de soi, puis, à son annonce éventuelle. 

Ces temporalités peuvent se chevaucher, s’entrecroiser, se succéder. L’individu “ne doit pas nécessairement avoir complètement accepté sa nouvelle identité pour vouloir sortir du placard. Un coming-out volontaire peut être compris comme un désir d’acceptation de soi ou une bonne complétion du coming-in.” (3, p.67).


Dans les prochains articles je tâcherai d’investiguer davantage les processus et mécanismes qui sous-tendent le coming-in et le coming-out, les liens entre ces différents concepts et la société et les conséquences psychiques pour les personnes concernées.

Noah Gottlob

contact

(*) Les personnes cisgenres ont une identité de genre qui coïncide avec celui d’assignation. Pour plus d’informations,voir les articles précédents.

Références bibliographiques

  1. Charbonnier, E., & Graziani, P. (2011). Vécu émotionnel et tentatives de suicide lors du coming-out. La Revue Française et Francophone de Psychiatrie et de Psychologie Médicale.

  2. Arènes, J. (2014). Coming out et subjectivation. Dialogue, 203(1), 53–63. doi :10.3917/dia.203.0053

  3. Champagne, S. (2020). Coming-in: L’entrée dans le placard en littérature à thématique homosexuelle destinée aux adolescents. Service social 66(1):59. doi : 10.7202/1068920ar

  4. Dorais, M. (2014). De la honte à la fierté. Montréal : VLB éditeur.

  5. Cass, V. (2010). Homosexual identity formation: Testing a theoretical model. The Journal of Sex Research, 20(2), 143–167. doi :10.1080/00224498409551214

©  Noah Gottlob, Bruxelles.